J'aime toujours autant tes photos.
Mon boulot est dit "intellectuel", mais je ne me considère pas comme un intellectuel. Ceci dit, comme le dit Bigouden, on peut toujours faire l'objet de cette désignation: tout est affaire de contexte.
Par ailleurs, les propos un peu méprisants (excusez le terme, je sais que ce n'est pas ce que vous vouliez exprimer, mais je ne trouve pas d'emblée un terme plus approprié...) à l'égard des intellectuels me gênent toujours. Un peu comme si l'on se sentait obligé de les traiter d'abrutis (ou équivalent: tout terme signifiant que leur pseudo-savoir, c'est du vent...) pour ne pas se sentir dévalorisés face à leur statut... "Intello!" n'est-il pas l'injure consacrée pour casser le gamin qui a le tort de préférer la lecture aux jeux électroniques? Et si en plus il porte des lunettes...
Mon père était (je précise "était" car il est bien diminué à présent) une personne correspondant à l'idée que l'on peut se faire d'un intellectuel: des bouquins plein les murs dans 5 ou 6 langues (jusqu'à des rayons perpendiculaires aux murs car il n'avait plus assez de place; je vous raconte pas comme cela était pratique pour circuler dans son vieil appart' sombre de type hausmannien!), incollable sur les monastères hongrois au XVème s et autres sujets improbables, amateur d'art et de grande musique, causeur... Nous ne nous comprenions pas réciproquement car nous ne fonctionnions pas de la même façon. Mais je dois lui reconnaître à présent ce titre: mon père est/était un "Prince de l'Inutile". Je sais que dans notre société très matérialiste, cela peut sembler grotesque, mais cela m'apparaît pourtant indispensable qu'il existe encore des gens pour passer des mois à lire la Bible en grec et en latin tout en n'étant pas croyant, rouler à 20 km/h avec 4L sur les routes de campagne pour ne pas louper une orchidée ayant échappé à son objectif, faire publier un livre s'étant vendu à 50 exemplaire peut-être sur Voronsky, obscur personnalité politico-littéraire de la révolution russe...
Sûr, ce personnage brillant intellectuellement est/était étonnamment "bête" quand il s'agissait de problèmes concrets, humainement ou matériellement. L'intelligence est tellement multiple!
Pour ma part, je respecte autant l'intelligence de ces intellectuels dont je n'aurai jamais les connaissances ni les capacités de synthèse qu'ils ont développé dans leur gestion que celle d'un menuisier bâtissant à partir d'une bille de chêne un superbe escalier, d'un cuisinier improvisant une sonate pour papilles à partir des quelques ingrédients à sa disposition, d'un paysan ayant appris à "sentir" sa terre, les plantes, les bêtes. Pour moi qui touche à tout en ne faisant qu'effleurer mes pôles d'intérêt avant de passer à un autre, le grain de folie nécessaire pour aller aussi loin que possible dans la maîtrise d'une savoir sera toujours une belle aventure... et un rempart contre la barbarie. Le jour où nous aurons tué les intellectuels par le mépris ou ne leur ôtant la possibilité de vivre de leur "inutilité", notre société sera à nouveau prête pour un ordre "nouveau" que d'aucuns n'ont jamais cessé d'appeler de leurs voeux...

J'ai rien contre les intellectuels, j'en lis souvent, par contre j'adore me foutre de gens qui se prennent pour plus haut qu'ils ne sont.
Si j'ai pu te blesser, j'en suis désolé.
De manière général, quand on me les brises, j'adore mettre le nez de mon contradicteur dans son propre caca.